Wunderkind, D'Andrea G.L

Auteur : Lauryn Libellés :
Résumé :

Caius Strauss, un garçon taciturne, voit sa vie basculer le jour où un homme étrange au visage lunaire, se présentant comme un proche parent, lui offre une pièce d’argent. Caius, que cette rencontre a mis mal à l’aise, cherche aussitôt à s’en débarrasser. Mais qu’il l’abandonne dans un coin perdu ou la jette dans la Seine, la pièce revient toujours. Et depuis qu’il la possède, il voit Paris se métamorphoser : apparaît un quartier inquiétant, près de Montmartre, appelé Dent de Nuit. Une nuit d’orage, un homme en noir, recouvert de tatouages, surgit dans la chambre de Caius, assailli par des créatures griffues aux dents pointues. Après une lutte acharnée, l’homme blessé emmène le garçon traumatisé dans son refuge au Dent de Nuit. Recueilli par cet étrange individu, Gus Van Zant, et ses compagnons d’armes, Caius apprend qu’il est désormais orphelin. Dorénavant il devra se méfier de toutes les créatures qui peuplent le quartier. Toutes n’obéissent qu’à un seul être sans scrupule, assoiffé de pouvoir, qui cherche à contrôler les forces du mal pour dominer le monde : Herr Spiegelmann.


Chronique :
 

Ce livre m'a franchement laissée sur ma faim. L'histoire, de prime abord sympathique, se noie vite dans des défauts qui n'auraient pas été gênants pour un manuscrit inachevé. Mais pour un livre publié, ce n'est pas concevable.
Tout d'abord, les descriptions. Approximatives, dénuées d'éléments suffisants pour bien visualiser la scène, elles laissent un sentiment frustrant ; celui de passer à côté de quelque chose. Le plus étrange, c'est qu'elles sont inégales de ce point de vue tout au long du roman. Parfois, tout va bien (surtout pour les personnages), parfois c'est une catastrophe (surtout pour les descriptions de lieu) ; ce qui renforce l'impression d'avoir affaire à un texte mal retravaillé. Au début, par exemple, la rue des librairies ou la scène introduisant Gus sont absolument ratées ; l'une ne donnant pas assez d'éléments pour visualiser le décor et l'autre s'emmêlant les pinceaux au point que l'on se demande, au départ, qui tape sur qui.
Ensuite, et certainement ce qui m'a le plus agacée, c'est UNE incohérence. Oui, une seule. Mais lorsqu'elle représente pareil point d'achoppement, c'est terrible. Les héros ne savent pas ce qu'est un Wunderkind (le lecteur non plus d'ailleurs et, ce, même à la fin). De leur propre aveu, ils n'en ont pas la moindre idée, pas même une notion. Et, quelques dizaines de pages après ce passage important, Caius commet une grave erreur. Explication d'un des héros : il n'avait pas le droit de faire ça parce que c'est un Wunderkind. Il ignore ce qu'est un Wunderkind mais connait ses limitations. Logique, non ?
La dernière chose, du moins au niveau du récit, c'est la fin : digne du plus mauvais film d'action, histoire de faire rebondir sur une suite. Il y avait moyen d'obtenir le même résultat sans passer par le cliché du méchant qui s'en sort par un ultime tour de passe-passe devant des héros amorphes.

Les personnages laissent aussi une impression mitigée. Tantôt intéressants, intrigants ou attrayants, ils restent pourtant en partie dans l'ombre, mais c'est une part que le lecteur aurait aimé découvrir pour s'approprier chacun d'eux. On aurait aimé s'attarder plus sur l'un et sur l'autre, mais on n'en a pas le temps. Il manque à chaque fois ce petit quelque chose qui rend un héros savoureux. Là, ils sont trop survolés pour véritablement entrer dans l'imaginaire du lecteur. Mention spéciale à Caius qui, en réalité, n'est que le faire-valoir de l'histoire, sauf peut-être à la toute fin. Parfois, ses réactions sont même étranges : il détient une information de première importance, qu'il ne communique pas à ses compagnons, sans que l'on sache pourquoi. Il apparaît un peu comme un boulet dans le récit, tout en voulant prendre part à l'action, alors qu'il est sensé en être le héros, le point central. Bizarre.

Le style de l'auteur, très branché sur les phrases courtes, voire très courtes, pour donner un effet d'événements qui s'enchaînent rapidement, augmente l'impression qu'il manque parfois des éléments ; surtout, encore une fois, dans les descriptions. Je n'accroche pas vraiment à ce genre de style, qui me frustre plus qu'autre chose. Cela donne des phrases où il semble que des mots ont été enlevés, comme si l'on tentait de parler avec le souffle court. C'est un effet de style, évidemment, mais le lecteur ne s'y retrouve pas forcément. Un petit exemple pour illustrer mon propos :

"Hagard, il suivit du regard la planche qui alla se briser au pied du lit. Où il entrevit la silhouette recroquevillée d'un homme. Obscurité. Éclair. Caius vit quelque chose franchir la porte. Le tonnerre essaya d'abattre le monde et y arriva presque. Puis l'obscurité régna de nouveau."

Wunderkind aurait mérité un traitement plus en profondeur, avec des personnages plus détaillés, plus étoffés, vraiment prenants ; une histoire sans anicroche et, surtout, un style plus riche sans ces coups de serpe dans les phrases qui laissent un arrière-goût d'inachevé.

Wunderkind, la pièce d'argent, D'Andrea G.L
Bayard
342 pages
15,90 euros
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Chroniques des littératures de l'imaginaire (jeunesse ou adulte), avec aussi du polar et du thriller. Lecture sur papier ou en numérique, auteurs édités ou auto-édités.

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