Réseau(x), Vincent Villeminot

Auteur : Lauryn Libellés :
Résumé :

Sur les réseaux, tout le monde pense connaître tout le monde. Tout le monde aime, surveille, espionne tout le monde. Mais désormais, une guerre est déclenchée, sur le web et dans le monde réel. Et Sixie, 15 ans, est l'enjeu, le butin, le gibier de tous les combattants...

Chronique :

La quatrième de couverture, volontiers accrocheuse, résume de manière sommaire le contenu du livre. Du coup, on a envie d'en savoir plus et de découvrir le personnage de Sixie, cette adolescente que tout le monde semble convoiter d'une manière ou d'une autre. Et c'est certainement là le premier écueil de ce roman. Car du monde, il y en a. Je n'essaierai même pas de me lancer dans une tentative de résumé de l'histoire car elle est complexe et bourrée de personnages : flics, anarchistes, criminels déjantés, entourage immédiat de la jeune héroïne... cela fait beaucoup en peu de temps. Car, le second écueil de ce roman, à mon sens, c'est le choix de la narration : des passages courts, parfois très courts, sur un personnage en particulier, puis l'auteur passe à un autre, etc. Du coup, en très peu de pages, il nous passe en revue l'ensemble des protagonistes sans laisser au lecteur le loisir d'en assimiler un seul. Cela donne au récit du rythme, bien entendu, mais aussi un sentiment contradictoire lors de la lecture. Une certaine frustration, pourrait-on dire. De ce fait, il faut d'autant plus de temps pour s'attacher à un personnage en particulier et certains, moins importants que d'autres, ont peine à demeurer en mémoire.
L'histoire a du punch mais j'ai tout de même regretté la longueur de certains passages dédiés aux anarchistes et à leur chef, en particulier. Je n'ai pas eu le sentiment qu'ils apportaient grand-chose à l'ensemble, si ce n'est peut-être à donner plus de profondeur à ce garçon instable et pour le moins original. Par contre, la philosophie qu'il défend est sans doute trop mise en avant, surtout si l'on considère qu'il s'agit là d'un ouvrage destiné à la jeunesse. Cela donne, au final, un livre trop complexe pour ce public. C'est du moins mon sentiment. À l'inverse, certains éléments donnent l'impression d'avoir été bâclés afin de faciliter le scénario (la police qui laisse circuler des informations sans agir, le GIPN pas fichu de s'apercevoir qu'une vidéo n'est pas diffusée en temps réel, le manque d'équipement de protection du GIGN (histoire qu'ils soient tous pris par les grenades aveuglantes/assourdissantes), le fait qu'ils soient tous regroupés au même endroit alors qu'ils ont pour habitude de se garder des hommes en protection, la police française qui tire à balles réelles sur des joueurs de paintball... bref.). Souvent, ces scènes sont trop vite racontées pour paraître vraiment crédibles alors qu'un peu plus de texte aurait permis de remédier à cela. Par exemple, des détails sur ce qui a amené la police à tirer (un incident, la panique...) pouvait aisément expliquer la chose. Alors que là, en deux trois lignes c'est fait, ça pulse, d'accord, mais le rendu n'est pas terrible. Enfin, je trouve qu'elles auraient mérité plus d'attention, comme certains chapitre sur les anarchistes.

Théorie de l'anarchie
Selon les travaux de John Zerzan sur l’anarcho-primitivisme, la destruction de la technologie est le préalable à la libération politique.
Ce qui induira probablement de faire la vaisselle à la main.
A méditer.

Heureusement que ce genre de passage reste ponctuel, à mon sens, parce que cela alourdit le récit plus qu'autre chose.
Côté style, on ne peut nier que Vincent Villeminot sait aller à l'essentiel avec une précision et un sens du rythme particulièrement réussis. On se laisse vite entraîner par l'action, et c'est peut-être ce qui nous perturbe aussi, les personnages défilant à une cadence d'enfer au travers de leurs passages respectifs. J'aurai bien du mal à vous dire si je me suis ou non attachée à l'héroïne. J'aurai tendance à dire que je n'ai pas eu le temps. C'est un comble, vu que le roman n'est pas trop court, mais je suppose que la faute en revient encore à ce choix de narration.

Il ne faut surtout pas nier l'originalité de ce roman mais je crois que, pour l'apprécier, il faut justement savoir à l'avance à quoi s'attendre. J'ai lu quelques chroniques sur le net, dont certaines avaient un ressenti équivalent au mien, et je vous invite donc à découvrir cette histoire et à vous faire votre propre idée. Car, si le principe ne vous rebute pas, vous pourrez ne pas y voir ce qui, moi, m'a dérangée.

À noter : à la fin du volume, vous trouverez un extrait du tome 1 d'Instinct, une autre série de l'auteur, chez le même éditeur.

Réseau(x), tome 1, Vincent Villeminot
Nathan Jeunesse
448 pages
16,50 euros
1 commentaires |
  1. Comme toi j'ai trouvé que les personnages défilaient trop vite et du coup aucun attachement pour ma part :/

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Chroniques des littératures de l'imaginaire (jeunesse ou adulte), avec aussi du polar et du thriller. Lecture sur papier ou en numérique, auteurs édités ou auto-édités.

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